Dans le cadre des réflexions actuellement menées concernant le PRS 2, France Assos Santé Île-de-France tient à mettre en évidence un point de vigilance qui au regard des Droits des Usagers se doit d’être pris en compte au fin d’accompagner au mieux les différentes réformes et modalités futures de l’organisation du Système de Santé.

Cet élément pour lequel le caractère plurifactoriel doit être pleinement retenu, concerne les choix en matière de prévention.

Si le discours et la pratique ont tendance à prôner la prévention surtout dans sa dimension primaire, c’est-à-dire celle proposée à une personne dite en état de bonne santé qui serait pas encore ou très peu exposée au facteur de risque. Il existe cependant trois autres niveaux de prévention tout aussi importants :

 

1.     La prévention secondaire, lorsque la personne a été exposée aux facteurs de risques, qu’elle présente des premiers signes biologiques d’une future maladie qui va se développer. Le dépistage et des mesures précoces peuvent alors permettre de traiter au plus vite et éviter l’aggravation de la pathologie.

2.     La prévention tertiaire concerne les personnes déjà atteintes par la maladie dans le but soit d’améliorer leur état de santé vers une forme de guérison, soit de stabiliser la pathologie, soit de retarder ses complications pouvant conduire à plus ou moins long terme à l’incapacité ou au décès.

3.     La prévention quaternaire qui entre dans le cadre du développement des soins palliatifs et de l’accompagnement de fin de vie et qui vise par des démarches actives à favoriser le confort de la personne et la prise en compte des différentes sphères de la douleur (physique, psychologique, socioculturelle) afin de les atténuer, tout en respectant la volonté de la personne et de sa famille.

 

C’est bien sur ces quatre niveaux de prévention que nous devons agir en Île-de-France, sans en privilégier l’un au bénéfice de l’autre car bien des usagers y sont confrontés au fil du temps et ces modes de prévention peuvent être développés dans l’intérêt des personnes et de leur entourage aussi bien avant l’apparition, l’installation ou la progression d’une pathologie.

Mais comment inciter nos concitoyens à plus de prévention dans un contexte économique difficile où les fruits et les légumes coûtent chers, les salles de sport peu abordables, les cadences et les conditions de travail usantes, les remboursements éventuels des consultations médicales tardifs?

Il y a une corrélation directe entre les moyens des personnes et leur possibilité de se prendre en charge de façon précoce et préventive, c’est bien souvent les plus pauvres qui consultent le plus tard et se trouvent déjà à des stades avancés de maladies au moment du diagnostic non pas par choix ou ignorance mais parce qu’ils ont dû utiliser leurs revenus souvent faibles en priorité pour se nourrir ou se loger au détriment de leurs états de santé.

Des moyens conséquents d’information doivent être mis en place si l’on veut une culture du préventif en particulier au regard de ceux et celles ayant des moyens financiers souvent limités.

Des moyens doivent également être destinés aux professionnels pour qui une remise en question des pratiques préventives est nécessaire, en ce sens une réforme du mode de tarification des actes prenant en compte cet aspect serait opportune.

 

Enfin, il est nécessaire que la prévention soit déclinée en fonction des particularités des populations cibles. Il ne faut pas se contenter de “prévention universelle” généraliste, destinée à toute la population sans prendre en compte les différences économiques, sociales et culturelles, mais envisager de la “prévention sélective” auprès de certains groupes spécifiques pouvant présenter un risque plus élevé pour un comportement ou pour une pathologie voire même de la “prévention ciblée” afin de répondre de façon adaptée aux problématiques et aux besoins, et ce même s’il s’agit d’une seule personne ou d’un très petit nombre d’individus.

Quand bien même les professionnels mettent en évidence des besoins réels en matière de prévention ou d’éducation à la santé auprès d’un individu ou d’une population cible, il faut pour qu’une démarche soit efficace que ces mêmes personnes en ressentent le besoin et expriment eux mêmes la nécessité de bénéficier de mesures de prévention.

 

 

Lucien BOUIS, Président France Assos Santé IDF

Juillet 2017

 

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